Lyon Light Festival Forum : quelle place pour la lumière événementielle dans l’éclairage public ?

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Samedi 10 décembre se déroulait la première conférence du Lyon Light Festival Forum. Sa thématique : l’influence de l’éclairage événementiel sur l’éclairage pérenne. Si tous les intervenants ont mis en avant la complémentarité de ces deux domaines, certaines limites infranchissables demeurent. Compte-rendu.

« A force de voir un tableau, on finit par ne plus le regarder. » C’est par cette citation du peintre Magritte que Georges Képénékian, 1er adjoint au Maire de Lyon délégué à la Culture, a souhaité marquer l’ouverture de cette première conférence. Citation qui problématise les rapports entre l’éclairage événementiel – éphémère – à dominante artistique et l’éclairage pérenne, public, urbain. L’exemple de l’illumination sur le Silo à Livres, dans le quartier de la Part-Dieu prouve que l’art s’invite inévitablement dans la politique d’éclairage de la ville.

C’est dans cette perspective qu’est intervenu Géraud Périole, designer bordelais, acteur « hybride » de l’éclairage au carrefour entre le milieu événementiel et permanent. La Cathédrale de Cognac ou le Vieux Pont de Dax témoignent de sa volonté de mettre en lumière l’histoire et le patrimoine de nos villes.

S’il souligne qu’il est de rigueur d’ « éviter d’être trop choquant » ou tape à l’oeil dans ce domaine, il n’hésite pas pour autant à jouer sur les matières, l’intensité et les couleurs à la manière d’un artiste. Son goût pour ce genre de procédé l’a poussé à se tourner vers l’éclairage événementiel, secteur dans lequel il reconnaît « avoir plus de liberté. » Neige Éternelle à Genève, Lustres au dessus des canaux d’Amsterdam…Géraud Périole est l’un des Français devenu incontournable dans la programmation de festivals dédiés à la lumière.

Éditorialiser la ville, à condition d’être pertinent

Pour Thierry Marsick, directeur de l’éclairage public de la Ville de Lyon, éclairage permanent et événementiel ont la même obligation, celle d’être « créatifs, surprenants et pertinents ». Toutefois, il apporte une nuance : s’il faut savoir scénographier une ville, il faut laisser à l’éclairage événementiel sa capacité à « émerveiller » et « surprendre ». Banaliser l’art lui ferait alors perdre de sa saveur et de son originalité. Pour autant, la Ville de Lyon n’est pas exempte d’éclairages franchement inspirés du domaine artistique : Thierry Marsick cite avec pertinence l’exemple de la Tour Incity, dont les designers adaptent son éclairage aux saisons, s’inspirent de tableaux exposés au Musée des Beaux-Arts pour habiller la plus haute tour de Lyon. Mais une question est soulevée : « A force de la voir, les Lyonnais perçoivent-ils ses changements d’éclairage ? »

Mais la démarche artistique peut bel et bien révolutionner la mise en valeur de l’architecture, comme nous l’a prouvé le Québécois Bernard Duguay, fondateur et président de Lucion Medias. Avec son projet d’illumination du pont Jacques Cartier, reliant Montréal à Longheuil, Bernard Duguay propose un concept unique. Son idée : en faire en kaléidoscope, « le baromètre d’une ville intelligente en étant connectée aux réseaux sociaux ». Pour résumer, le concept de Bernard Duguay consiste à animer un pont en fonction de l’activité des habitants de Montréal sur les réseaux sociaux. Il sera ainsi possible de faire varier l’éclairage avec des hashtags. Avec ses 2000 luminaires, l’intensité de l’éclairage du pont s’adaptera aux saisons, aux heures de la journée, mais aussi à l’actualité. Si ce genre de projet pousse loin l’interactivité, il faut toutefois garder en tête qu’ils peuvent comprendre des risques. En particulier celui d’apporter un message inapproprié. Souvenons-nous de l’éclairage de la Cour d’Appel de Lyon en vert un jour de Saint Patrick où les magistrats n’avaient que peu apprécié le fait de célébrer le « saint patron de l’alcool ». Un éclairage en effet peu judicieux pour un endroit où sont jugés chaque jour de graves délits commis en état d’ivresse.

On retiendra de cette journée une véritable volonté de favoriser les interactions entre tous les acteurs de l’éclairage public : artistes, designers, plasticiens et élus.

Certains préconisent même de placer le citoyen au centre de la politique d’éclairage urbain, comme l’a suggéré Annukka Larsen, conceptrice lumière de Jyväskylä, en Finlande.

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